Lorsque j’ai publié Dyablès en 2015 j’étais loin d’être sûr de l’adhésion du public. J’avais même mis un formulaire à la fin de l’ouvrage pour demander au lecteur si l’écriture d’une suite lui paraissait une bonne chose.

Avais-je réussi à susciter un intérêt pour les personnages ? Avais-je posé un univers si passionnant que le lecteur dépasse ses a priori sur la langue pour se plonger dans l’histoire ?

Les lecteurs m’ont apporté une réponse éloquente.

Nous voici donc ensemble, assistant à la naissance de la première série littéraire fantastique en créole.

Un des intérêts d’une série littéraire est précisément, en tant que lecteur, de profiter pleinement de l’univers créé par l’auteur. Je me rappelle du plaisir que j’ai eu à lire les 7 volets de Dune, écrit par Franck Herbert, ou encore « Les chroniques d’Alvin Le Faiseur » de Orson Scott Card. Cette série se déroule aux Etats-Unis au XIXe siècle. Cependant l’auteur décrit un passé alternatif, et les événements historiques sont expliqués en partie par les pouvoirs magiques des protagonistes.

Une Guadeloupe fantastique

Dans Dyablès il est question d’une Guadeloupe contemporaine. Les décors sont les paysages de la Guadeloupe : montagnes luxuriantes et verdoyantes, eaux azur de la mer des Caraïbes, chaleur étouffante du béton des villes. Mais c’est aussi une Guadeloupe de souffrances muettes, de forces mystérieuses et de révoltes sourdes, en particulier celles des femmes.

Cette série c’est l’occasion de considérer tout celà, mais aussi la possibilité de suivre la progression de personnages et ainsi, s’interroger, à chacun de leur pas, sur notre propre trajectoire. Au vu de l’histoire de Gabriyèl, Jésika, Jak ou Émil, quelle histoire de moi-même voudrais-je que l’on raconte ?

Car l’enjeu est là. Le monde entier nous raconte ses histoires. Nous regardons les films des autres, les séries des autres. Nous lisons les romans et les bande-dessinées des autres. Les marques, les produits nous racontent des histoires. Créer nos propres histoires sans se contenter de ressortir les contes du passé, c’est valoriser nos imaginaires. Imaginer, rêver, c’est le premier pas vers un avenir différent de cette vie stupide et bête qui nous est faite.