C’est une tradition toute française d’utiliser le mot « culture » pour parler d’art. En ces temps de confinement le Président de la République s’est adressé au « monde de la culture », indiquant que le « secteur de la culture » doit se réinventer.
Bien évidemment, ce « monde » et ce « secteur » se résument en réalité à ceux qui contribuent directement ou indirectement à la production et à la diffusion d’oeuvres artistiques.

La nécessité d’adresser l’impact du confinement sur le secteur artistique me paraît plus qu’évidente. Cependant j’ai envie ici de parler de culture, en particulier toute cette dimension de la culture – les comportements, totems et tabous que nous avons en partage – qui ne relève pas de l’art.

Pour ce faire, je vais prendre deux exemples.

‘Syédam bonjou !

Dans notre culture, il n’est pas rare qu’un usager du bus dise bonjour à tous les passagers du bus déjà présent. Quand cela se produit, les passagers du bus, répondent à haute et intelligible voix. A défaut, le nouvel arrivant insiste en s’écriant « j’ai dit bonjour ! » et tout le monde s’empresse de lui répondre.
Beaucoup d’entre nous n’y pensons pas, beaucoup de nos décideurs n’y pensent pas. Tout simplement parce qu’ils sont très rarement dans un bus eux-mêmes.
Or, ceux qui ont porté un masque récemment se sont aperçus de la difficulté à parler en le gardant sur le visage. J’avoue moi-même être tenté d’abaisser le masque pour me faire correctement entendre.
Tenir compte de notre culture c’est rappeler aux usagers du bus de notre entourage, l’intérêt de garder le masque même quand ils disent bonjour dans le bus.
Edouard Philippe n’y pensera pas pour nous : lui ne prend pas le bus, et ne connait sans doute personne qui s’écrie « ‘syédam bonjou » en montant dans un bus.

La mer

(Venice Beach, Los Angeles, United States ; Photo by Aldric RIVAT on Unsplash)

La considération pour la mer dans notre culture est très différente de la vision française. Il est inscrit dans nos codes culturels de se tenir à environ trois mètres de distance des inconnus présents.
Outre le côté apaisant du bruit de la mer, cet endroit a pour nous une importance rituelle (le bain démaré) et symbolique (bòdlanmè pa lwen, lanmè pa ni pyébwa). La mer, ce n’est pas les vacances.
D’ailleurs la présence de la mer a côté de l’université n’a jamais empêché quiconque d’étudier. Je suis même prêt à parier le contraire !

Les dispositions prises par le gouvernement autorisent les Pointois à courir sur le parcours sportif, mais pas les Sainte-Rosiens à marcher pieds nus sur la plage des amandiers.

Edouard Philippe ne va jamais la mer. La plage, dans sa culture, c’est toujours pour s’y baigner.

Culture et citoyenneté

La citoyenneté française fait que les décisions du gouvernement français s’appliquent à nous. Mais rien n’oblige que les modes de pensées s’imposent en même temps. Ce n’est pas parce que la France fait la confusion entre la culture et l’art que nous devons la faire aussi. Ce n’est pas parce que la France décide en fonction de sa culture, que nous devons cesser de penser la notre.