Fred Reno, membre du Centre d’Analyse Géopolitique et Internationale, indique en 1998, que les tenants du mouvement de la créolité, reprochaient à la Négritude d’entretenir une illusion. « Celle de livrer une bataille sur le fond contre une domination qu’il alimenterait en réalité par sa complicité avec la langue du dominant. »

La pertinence de cette analyse me parait flagrante.

Plus loin, cependant, Fred Reno estime qu’avec la créolité, « ce risque est peut être encore plus grave que celui attribué à la Négritude. »

Dans sa conclusion, il indique que « rarement un courant littéraire aura accumulé tant d’honneurs. » Il termine en disant :

« Les rapports de force au sein du monde des lettres sont modifiés.
La notoriété des auteurs les rend à la fois plus crédibles et plus pondérés.
Les prolongements politiques du discours littéraires ont plus de retentissement sans que l’on puisse pour autant en déduire un impact déterminant.
Cependant en se risquant sur les questions du pouvoir le mouvement de la créolité a révélé une de ses faiblesses: sa difficulté à proposer une lecture renouvelée du politique. »

Faiblesse ou défaite ?

En ce qui me concerne, il ne s’agit pas d’une faiblesse, mais d’une défaite. De mon point de vue, la volonté politique qui soutend ce mouvement, est celle décodée par Dany Bebel-Gisler. En 1989, dans « Le défi culturel guadeloupéen », elle considère que le gouvernement français fait l’invitation suivante aux « élites » et aux « intellectuels » :

« Servez-nous de relais auprès des paysans et des ouvriers, discourez sur le créole, le gwoka, tant que vous voudrez. Pourvu que les classes qui vivent en créole, peinent en créole, restent à leur place. Vous avez le droit, maintenant, après 353 ans, de vous occuper de vous-mêmes, ‘de la promotion culturelle’ de votre peuple, de le vendre, de commercialiser sa musique, ses danses, de les transformer en purs produits exotiques. » (p. 194)

Je considère que ce travail est à l’origine même de la « créolité vernaculaire » que j’ai défini lors d’un séminaire en 2012.

Je ne questionnerai pas la sincérité de la démarche de Bernabé, Confiant et Chamoiseau. Mais pour ma part, je tiens à marquer la plus grande distance avec la créolité.

Comme Dany Bebel-Gisler, je crois qu’il « faut en finir avec cette pseudo-théorie des parts : cette image de l’Antillais composé de plusieurs morceaux juxtaposés. Le ‘fonds français’ étant plus important, la part créole constituant « l’apport culturel local ». » (p. 190)

Je ne cherche, ni ne revendique aucune part. Ni de créolité, ni d’autre chose. Je suis simplement et pleinement, guadeloupéen.

Je fais de la littérature guadeloupéenne en créole guadeloupéen. Je ne fais pas de créolité.