Vous m’avez certainement entendu le dire : j’ai l’impression que depuis 2009 tout est “tan nou”. Récemment, je me suis mis à recenser tout ce qui est “an nou” et le résultat est assez impressionnant.


Est-ce encore cette “recherche identitaire”, cette expression que l’on colle à chacune de nos initiatives sans chercher à comprendre ? Faut-il y voir un espoir ou un enfermement ? Ou une façon de nous faire croire que “La Gwadloup sé tan nou ?”

“Mi Gwadloup an nou chè”

Cette expression, évidemment, ne date pas d’aujourd’hui, ni même de 2009. Cette phrase a certainement été prononcée des milliers de fois dans des milliers de circonstances différentes. Cependant, mon premier souvenir associé au fait que la Guadeloupe serait “tan nou” remonte à une biguine interprétée par Henri Debs, “Mi Pays En Nous”.

Les immortelles chansons antillaises (H. Debs)

Les immortelles chansons antillaises (H. Debs)

Sur l’album de Henri Debs, cette biguine se trouvait aux cotés de “Adieu Foulards“, rendez-vous compte.

De l’antillanisme au “Tan nou-isme”

A l’époque on joue la mazurka, la biguine, des styles, des genres qui ont leur propre nom. Mais quand vient le moment de publier un album, pour certains musiciens, leur musique devient “Antillaise” ou “des Antilles”. Un peu comme une appellation d’origine contrôlée, une nécessité de dire d’où l’on vient plutôt que ce qu’on fait.

Ce phénomène ne touche pas que la musique d’ailleurs. Et, de la même manière, plus tard, je ne sais trop comment, nous nous sommes découvert Caraïbes.

Kali : Racines Caraibes

Kali : Racines Caraibes

Et “Adieu Foulards” est passé de “chanson antillaise” à racine caraïbe.

C’est en nous ?

Alors oui, il faut sans doute voir une recherche identitaire dans l’avènement du “Tan nou-isme”. Une urgence de crier, de distinguer ce que la mondialisation nous impose aujourd’hui, de ce que nous en avons fait depuis tantôt.  Mais j’y vois aussi une recherche d’appropriation, et donc de responsabilisation. Car si la Guadeloupe est notre, c’est donc à nous de changer les choses, à nous de bouger, à nous de faire en sorte que la situation s’améliore.

C’est ce que je vois à travers la démarche de Yasmyn Camier, créatrice de “Talan an nou”.

 

Talan an nou

L’ambition affiché de ce projet est la suivante :

“promouvoir les indénombrables talents guadeloupéens peu (re)connus et de prouver que la réussite est accessible à tous.”

Si tous les “an nou” pouvaient être aussi positifs que “Talan an nou” la Guadeloupe ne peut se porter que mieux.
Malheureusement ce n’est pas le cas.

Le double-jeu des marques

Comme je le disais durant la TEDx de nombreuses marques se sont également emparées du “Tan Nou”. Et c’est ainsi que je suis tombé sur cette publicité dans le métro Parisien pour Royal Soda.

sé tan nou ?

sé tan nou ?

La marque se déclare comme une “boisson ancrée dans les habitudes de consommation quotidienne” chez nous. Effectivement, je me rappelle bien de “Bankou lélé” et de Jean-Yves Rupert dans une publicité pour cette marque.

Pourtant, le fait de se dire “tan nou”, j’avais espéré la voir se positionner, par exemple sur la véritable épidémie que constitue l’obésité outre-mer. Cette maladie touche plus de 10% des enfants en Guadeloupe et en Martinique. On pourrait également parler de la prévalence du diabète. Mais plus encore, on sait maintenant le rôle que peut jouer le sucre dans les faits de violence.
Une marque qui se dit “tan nou” doit prendre sa part à l’effort collectif vers une société meilleure. Si ou sé tan nou, vin rédé nou !

 


Tags: , , , , , , , , , , , , , , , ,

No comments yet.

Leave a Reply